lundi 6 septembre 2010

Noël Lapointe, l'amuseur des enfants

Noël Lapointe tournait en rond dans sa loge. La voix au bout du sans-fil se voulait rassurante. Noël posait plein de questions. Il finit par se calmer, apparemment, et s'assit sur le siège poussiéreux. «On s'occupe de lui. Il s'en sortira. Je suis à ses côtés. Fais ton spectacle, ne déçois pas les enfants», semblait dire la voix. Il dit encore: «merci beaucoup, vraiment» et «ciao» et coupa son téléphone mobile.

Noël pensa à son pauvre chat et fut submergé par ses émotions.
Désastre! Le spectacle commence dans cinq minutes et tu te mets à chialer. Cela ne lui était jamais arrivé, comme ça, dans une situation aussi incongrue. Ressaisis-toi, Noël. Relativise, mon vieux, raconte-toi vite une de tes fameuses blagues! Rien à faire: une nouvelle crispation, encore plus forte, lui monta droit de l'estomac. On frappa à la porte. Noël s'empressa de dire d'une voix hachurée: «c'est bon, je viens tout de suite», dans l'espoir que la porte ne s'ouvrirait pas, dévoilant sa honte.
Son regard accrocha une affichette: «Noël Lapointe, l'amuseur des enfants, le roi de l'improvisation théâtrale pour petits et grands, un one-man-show hilarant et inoubliable». Une voix derrière la porte dit doucement «Deux minutes, Monsieur Lapointe». Le ton disait presque «Ça ne va pas, Monsieur Lapointe ?». «C'est bon», répondit encore Noël avant de se plonger le visage sous l'eau froide. «Tu tiens bon, hein, Noël, c'est bon, on se calme, voilà voilà». Surtout éviter les «ce n'est qu'un chat»: ce genre de tactique, ça ne marche jamais. Se sécher le visage, marcher vers la scène comme un robot, faire connaissance avec le public. Quelques grimaces et guignoleries un brin forcées pour bien démarrer et vite faire venir les rires en face.

De retour dans la loge, Noël s'assit, ferma les yeux et poussa un long soupir de soulagement. Le spectacle s'était fort bien passé, à part deux ou trois moments où sa gorge s'était bloquée brièvement au milieu d'une phrase. Les enfants avaient ri d'un bout à l'autre; les applaudissements avaient été particulièrement nourris.

Enfin, Noël se mit la tête entre les mains et se laissa aller, complètement.

2 commentaires: